Le conte "défait"

Publié le par grrreg

 Une petite nouvelle... Cela faisait longtemps ... Bon voyage ...

 

Le conte défait…

 

Sur le pas de la porte, Olivier fait un geste de la main en direction de la voiture qui s’éloigne doucement. Cette visite de ses parents avant son départ lui a fait plaisir… Bon ! Tout cela est bien mignon mais il a des choses à faire chez-lui ! Il grimpe quatre à quatre les escaliers et pénètre dans son loft. Premièrement, faire les bagages ! Il se lève à cinq heures demain… A huit heures, le tarmac, au revoir la France et bonjour l’Afrique ! C’est tout excité qu’il se dirige dans sa chambre. Il pousse la porte et découvre, bien en évidence sur son lit, une lettre où est inscrit : « A notre fils »… C’est l’écriture de son père… C’est étonnant, c’est plutôt sa mère la spécialiste des écrits dans la famille… Voyons voir… Qu’est ce qu’il me raconte le paternel ?

« Mon fils, dans quelques heures tu repars là-bas, aussi j’ai souhaité te dire quelques mots. Tu sais combien c’est difficile pour moi de prendre la plume, même quand tu étais petit, je ne me prêtais que très rarement à cet exercice. Il y a par contre une activité où je n’étais pas trop maladroit si tu te souviens bien… Te rappelles-tu de tous ces contes que j’ai inventés et que je te disais avant de t’endormir ?... Non ! Soit, pour raviver ta mémoire, je vais te raconter une histoire….

Il était une fois un gentil garçon qui vivait en France. Il était le fils unique d’une honnête famille de travailleur. Ses parents étaient très fiers de lui car il travaillait bien à l’école. Mais Jimmy, car c’était son nom, n’était pas vraiment épanoui sur les bancs scolaires. Il n’avait qu’une chose en tête depuis sa plus tendre enfance, une seule passion : la musique. Bien que ce soit ses parents qui lui avaient acheté sa première guitare, ils ne pouvaient pas se douter que cela le conduirait vers une profession de saltimbanque. Mais faisant fi de leur avis, il était décidé à persévérer dans cette voie, il voulait réussir et il travailla dur…

En quelques années le jeune adolescent était devenu un beau jeune homme… Il ne manquait pas de prétendantes mais nonobstant de sa passion qui l’accaparait, il n’avait jamais sentit les fibres de son cœur vibrer comme le tamis d’un tam-tam. Ses parents, avec le temps, avaient consenti à ses aspirations. Ils lui avaient même laissé la jouissance de la cave. Jimmy l’avait insonorisée, entièrement équipée et il s’en servait pour répéter ou pour s’enregistrer. Aillant approfondie la question ; en matière de rythmes hexagonaux et Africain, il décida de partir faire un voyage initiatique au pays de la Salsa et du Boléro, une petite île située entre les deux Amériques.

C’est ainsi qu’en décembre de cette année là, le grand Jimmy, débarqua là-bas avec un petit bout de papier en poche où était inscrit l’adresse d’une personne prête à l’héberger : Juanito. Et le voilà parti de bar en bar, de club en club. Il grattait sa guitare du matin jusqu’au soir sur des musiques endiablées, dans des senteurs enivrantes… Il faisait des rencontres… De toutes sortes, s’imprégnant au fur et à mesure de la technique rythmique de là-bas. Il ne levait la tête que de temps en temps pour fumer un gros cigare ou pour déguster des boissons aux arômes mentholés.

Mais ce soir là, lorsqu’il releva la tête, il vit un visage d’ange… Une déesse couleur ébène dans une robe blanche… Une perle noire dans son écrin de nacre… Elle s’appelait Daniela. Elle était mince et élancée… Pleine de grâce dans ses gestes et ses attitudes. Elle suivait des études de droit le jour et elle défilait sur des podiums la nuit, pour arrondir ses fins de mois. La première fois qu’il l’a vue, il a su… C’était elle… Son ami Juanito ayant senti son émoi, lui présenta cette sirène venue des Caraïbes…Le charme n’en fut qu’accru!... Dès lors, ils ne se quittèrent plus et chaque jour qui passait lui laissait un goût de bonheur sur les lèvres, un coup de douceur dans le cœur… Mais le temps passant, la date fatidique de son départ approchant, il l’invita à le suivre dans son pays. Daniela se résolut donc d’expliquer à son prétendant, la réalité de la vie dans son pays.

Cette petite île, aux trésors naturels et architecturaux, avait son destin entre les mains d’un dictateur, qui bien que vieux, était toujours aussi puissant et craint. Il avait une main de fer sur son pays et imposait un régime de restriction et de privations à son peuple, leur offrant ainsi,  bien peu de perspectives. Le prix du billet d’avion, par exemple, représentait plus de cent fois le salaire mensuel moyen d’un travailleur de là-bas. De plus, pour qu’une personne de ce pays puisse quitter l’île, il fallait faire une demande officielle auprès de l’administration étatique… Jimmy n’avait donc pas les moyens immédiats de la ramener avec lui mais il lui jura de faire tout ce qu’il faudrait pour la faire venir dans son pays natal. Il la quitta le cœur déchiré et l’esprit « sans dessus, dessous », mais bien décidé à l’arracher à son destin et à sa pauvreté.

C’est un homme transformé qui réapparut chez lui… Ses parents furent gagnés par son allégresse et son amour apparent. Il fut donc décidé de payer à Daniela, un premier voyage afin de présenter la promise à la famille. Et quelques mois plus tard, elle devait faire une entrée triomphale dans la demeure familiale. La maman de Jimmy était sous le charme de cette jeune femme « transpirant » la bonne éducation, serviable et toujours souriante. Le papa, lui, il était charmé tout cours ! Félicitant son fils pour son bon goût, il n’avait de cesse de sourire bêtement à Daniela et de plaisanter pour amuser la galerie… Bref, tout le monde était conquit et fort triste d’assister à l’au revoir déchirant dés que la fin des vacances fut venu.

A nouveau, toute la petite famille mis « la main à la poche » pour payer le retour de la fiancée mais cette fois à des fins plus définitives. La maman de Jimmy se voyait déjà grand-mère de jolis petits métis. Le père, quant à lui, s’employait à retaper la dépendance pour en faire un nid d’amour pour les tourtereaux.

Et c’est ainsi qu’en janvier, à peine plus d’un an après leur rencontre, atterrissait sur le sol français, l’avion qui transportait Daniela, l’élue de son cœur. Je le revois encore Jimmy ! Dans sa vieille 205, arrivant sur le parking de l’aéroport… Habillé comme un prince charmant… Le cœur battant la chamade… Il l’attend dans le hall… Il l’aperçoit au loin… Il vient vers elle et il l’embrasse. Elle semble un peu tendue, elle lui dit que c’est le voyage… Une fois les bagages récupérés, ils prennent la direction du parking. A l’approche de sa voiture, Daniela stoppe net et lui dit : « Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu n’es pas venu me chercher avec ma voiture ?

-         Ben non, je ne l’ai pas achetée encore !

-         Non mais dites-moi que je rêve ? Comment vais-je faire pour me déplacer ?... Ça ne va pas du tout ça ! Je veux mon autonomie !... Et je veux une jolie voiture en plus ! Comme j’en ai vu dans les magazines. Vous autres, les européens, vous croulez sous le fric ; alors tu vas me faire le plaisir de « cracher » ton argent ! Je ne suis pas venue ici pour subir la vie ! Tu m’as voulue ? Et bien il faut assumer… Quand on veut une femme comme moi il faut assurer !

 

Après une période de chaos psychique, Jimmy chargea les bagages de la « miss » dans un silence terrifiant. Trois jours plus tard, il fit le chemin inverse, renvoyant la belle d’où elle venait, disparaissant de sa vie en emportant une partie du cœur du jeune homme à jamais meurtri.

Vois-tu mon fils, cette histoire, elle pourrait être l’histoire d’un tas d’homme, de toutes générations… Il se trouve que c’est la mienne… C’était il y a trente ans et je m’en rappelle encore si bien… Maman est au courant de cette aventure, je lui ai racontée quand je l’ai rencontrée, dix ans plus tard… Deux ans après, tu naissais… Le plus beau jour de ma vie… Il me fallut dix années pour me remettre de cette désillusion. Quand on tend la main et le cœur a une personne et que cette dernière vous arrache le bras et vous transperce le cœur, cela fait très mal ! Je suis conscient que tu te dis que c’est mon histoire et pas la tienne, que c’est vieux tout ça, que c’était ailleurs… Laisse moi te dire une chose mon fils : Si il est bien un mal qui est intemporel et présent partout, c’est bien la misère ! Les gens qui en souffrent sont prêts à tout pour s’en sortir… Et c’est bien compréhensible. L’amour est un sentiment profond mais qui s’éclipse face à des besoins de base : Manger à sa faim, satisfaire sa soif, avoir une tenue descente ………. Cela a toujours existé mon fils, que cela vienne d’Asie, d’Afrique, d’Amérique ou d’ailleurs, le dernier espoir, l’ultime business, c’est celui du cœur. Quand on est dans un pays pauvre étranger, peut-on être aimé pour ce que l’on est ou pour ce que l’on représente ?

Pense à tout cela mon fils et sache que quoique tu choisisses, je (on) serais toujours avec toi ! Cela fait partie de mon rôle de père de te faire profiter de mon expérience… C’est fait. Porte toi bien mon garçon et reviens-nous en forme !

 

P.S. : Ne parle pas de cette lettre à maman… Tout ça c’est une histoire d’homme…

Publicité

Publié dans nouvelles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article