UN SAMEDI ... ( ACTE II )
SCENE PREMIERE
Les six personnages sont à table et chantent en tapant sur la table.
TOUS. – Je tape une main, la, la, la, la…
Je tape une main, la, la, la, la…
Si je tape une main, je peux taper des deux…
Je tape deux mains, la, la, la, la…
Je tape deux mains, la, la, la, la…
Si je tape deux mains, je peux taper du pied…
Je tape du pied, la, la, la, la…
Je tape du pied, la, la, la, la…
Si je tape du pied, je peux taper des deux…
Je tape des pieds, la, la, la, la…
Je tape des pieds, la, la, la, la…
Si je tape des pieds, je peux taper des fesses…
Je tape des fesses, la, la, la, la…
Je tape des fesses, la, la, la, la…
Si je tape des fesses, je peux aller à confesse…
Eclats de rires généralisés.
BENOIT. – Je crois que l’on était à Sète…
ANNIE. – En tout cas, je me rappelle leurs têtes !
ROMUALD. – C’était un restaurant un peu chicos,
On avait des yeux d’albinos !
REGIS. – On était tous en short-claquettes…
ANNIE. – Pas moi ! J’étais en salopette.
LAETITIA. – On a fini sur le vieux port,
On chantait de plus en plus fort
BENOIT. – Quelle rigolade les amis !
J. CHRIS. – Le referait-on aujourd’hui ?
REGIS, regardant sa montre – Excusez-moi un petit instant,.
Je n’en aurai pas pour très longtemps…
ANNIE. – Pas de problème, tu es ici chez toi.
Vous n’en voulez plus ? Je ramène le plat.
Annie sort de la pièce et Régis se met en aparté.
SCENE II
REGIS, au téléphone. – Des jours que tu ne m’appelles pas,
Lutterais-tu contre un émoi
Que j’ai senti si naturel ?
J’attends un atypique appel
Démuni d’orgueil et sincère,
Loin des sentiments éphémères.
Mais le combiné reste muet !
Et si le temps m’était compté ?
Te sens-tu coupable aujourd’hui ?
Qu’as-tu senti ? Qu’as-tu subi ?
Lorsque je te faisais la cour ;
En ne te parlant jamais d’amour…
Ce cœur qui voudrait être fort,
Et qui fait pour cela tant d’efforts…
Tu prêtes volontiers de ton temps,
Tu veux voir tes amis contents…
Mais quelle est la vérité première ?
La fille qui se cache derrière :
Un rire paré de fossettes,
Une tendresse aux yeux noisette…
Icône d’une étoile étiolée
Par un passé au lourd passif,
Echouée sur des lointains récifs,
Attends-tu qu’on te fasse briller ?
Il raccroche et reprend sa place à table.
BENOIT. – Eh ! Vous vous rappelez du vin nouveau ?
ROMUALD. – Voilà des virées que je n’oublierai pas de sitôt !
LAETITIA. – Au fait, dis-moi mon petit JC
Pourquoi n’y venais-tu jamais ?
J. CHRIS. – Parce que tous les ans, ça recommence !
J. CHRIS, se mettant les mains en porte-voix. –« Tous les voyageurs en partance
Pour la grande fête du beaujolais,
Sont priés de se rendre au pichet »
J. CHRIS. – On peut à chaque fois y goûter
Ce célèbre gros rouge qui tache
Et admirer dans nos cités,
Des tas d’ivrognes sans panache
Ils se jètent vaillamment à l’assaut
De tous les troquets, les bistrots,
Et ils boivent toute la nuit
Dans les rues noires ou sous abris
On croise alors de tristes sires
Aux teints blafards, à vile haleine
Qui braillent comme des baleines,
A faire peur, à faire rire
Près des comptoirs, on peut humer
Les odeurs d’urines disséminées,
Déposées très discrètement,
Loin de tous les regards…fuyants !
Et le matin dès le lever,
On pourra enfin contempler
Le beau spectacle qu’auront laissé
Tous ces ivrognes « embinassés » !
Il y aura des cadavres, c’est sûr,
De bouteilles jonchées sur le sol,
Plein de vomis sous nos chaussures…
De ces fêtes là, y en a ras le bol !
Annie revient avec le dessert.