chapitre 2

Publié le par grrreg

Chapitre 2

 

                 Henry, quant à lui, était né la même année que Francisco, mais il était de l’autre coté des pyrénées. Petit-fils et fils de mineur, il avait montré très jeune, des dispositions et des facilités, à l’école communale d’abord puis à l’école des mines ensuite. La seconde guerre mondiale n’altéra pas son envie de poursuivre ses études. Cependant, sa conscience le poussa malgré son très jeune âge, à participer à des actes de sabotage. C’est au cours d’une de ces missions nocturnes que l’un de ses amis, qui avait 17 ans comme lui, fut abattu par les envahisseurs, à deux pas de lui. Le bruit de la rafale de mitraillettes allait longtemps hanter les nuits du jeune homme.

Lorsque l’occupation s’acheva, malgré son niveau d’étude très intéressant pour l’époque et des propositions dans l’aviation, il décida de rentrer à la mine. Immédiatement, il embrassa une cause… Sa vocation syndicale allait éclater au grand jour. Il faut dire que dans sa jeunesse, la vie sous la Quatriéme République naissante, n’offrait guère un avenir reluisant pour les petites gens, c’est à dire la quasi-totalité de la population française. C’était le travail dés 14-15 ans à la mine ou ailleurs, et cela dix heures par jour du lundi au samedi, cela jusqu'à ce que la vieillesse vous saisissent et vous poussent vers la mort. C’est finalement très tôt, que le jeune Henry entendit parler d’un modèle de société où tous les gens seraient égaux et où la société serait à l’échelle humaine. Ces thèses qui venaient de l’Est eurent tôt fait de trouver l’engouement conséquent et proportionnel, à la misère de la vie de l’époque. A ce moment-là, se doutait-il que son engagement allait durer 60 ans durant, jusqu’à la fin.

A contrario d’aujourd’hui, il n’avait pas choisi la politique comme un moyen d’élever son statut social. C’était un choix uniquement par ses convictions. Pour lui, il y avait tant à faire pour que les progrès de ce siècle, servent aux plus grands nombres, et non pas à quelques privilégiés. Son adhésion aux idéologies communistes eut un effet immédiat sur sa carrière à la mine. Le problème quand on est un idéaliste, c’est que l’on croit que l’on va changer les choses et on le clame à tout le monde, à qui veut bien l’entendre. Or quand on veut partager les richesses, cela implique que l’on veut prendre l’argent à des gens qui en ont beaucoup, pour donner à ceux qui n’en ont pas. Il est évident que délester le superflus d’une minorité pour donner le nécessaire à la majorité, était une idée que l’on trouvait incongru et qui faisait un petit peu peur aux personnes qui détenaient du bien. Il fut donc persécuté, comme des millions de pauvres gens à travers le monde. La chasse aux sorcières était ouvertes depuis déjà longtemps. Heureusement, en France ce qui le protégeait un peu, c’est qu’on ne tuait pas un homme pour ses idées. On lui laissa donc la vie, mais on marcha sur son honneur. En quarante années passées à la mine, il n’est jamais monté de grade, ne reçut aucun avancement, lui qui pourtant avait un niveau d’étude bien supérieur aux autres. Le message était clair :

« Touche pas à mon caviar et mange ton pain noir… »

A quelques mois de sa majorité, au cours d’un bal donné lors de la fête de son village, il fit la connaissance d’une belle blonde aux yeux clairs, de 18 ans à peine et qui répondait au doux prénom de Christine. Cette rencontre sous la lumière des lampions et sur un air d’accordéon, allait pousser les tourtereaux à se revoir, à rigoler, à danser… Ils se fréquentèrent ainsi quelques mois et c’est ainsi que naturellement, à la fin de l’année, ils étaient mariés. Henry et Christine allaient ainsi devenir les parents d’une grande famille de neuf enfants.

Au cœur de l’hiver 1953 dans la petite ville de Saint-Benoît de Carmaux, Des gens s’affolent et s’afférent autours de la maison du jeune mineur. Le troisième enfant va naître et l’accouchement ne se passe pas très bien… Le docteur n’en finit pas de suer au rythme des contractions de la jeune maman. Et puis finalement le bébé sort… Et tandis qu’il est dans les bras du médecin, toute l’attention se focalise sur son cri… Qui ne vient pas… Il y a des secondes qui durent une éternité… Soudain il émet un tout petit râle. Il tente péniblement d’ouvrir les yeux et surtout de respirer. « Qu’est-ce qu’il a docteur ? Qu’est-ce qui se passe ? », demande le père. Le médecin de la famille sort de son mutisme, tourne la tête en direction d’Henry et lui dit :  « Monsieur Janvier, je vous conseille d’aller chercher au plus vite, Monsieur le Curé ainsi que deux témoins. Il faut le baptiser d’extrême urgence. S’il reçoit les Saints Sacrements, au moins vous pourrez l’enterrer dignement à l’église. Je suis désolé mais à voir comme il respire, il ne passera pas la nuit… »

Henry sortit de la maison comme un fou et partit en direction de l’église. Au retour il réquisitionna un voisin et la factrice qui passait par-là. Une heure après sa naissance, il était baptisé. La nuit qui suivit fut interminable, Christine ne lâcha pas son fils un seul instant et n’eut de cesse de lui parler… Au petit matin, il était encore en vie, il dormait !!! Ses parents qui s’étaient assoupis tous les deux, collaient leurs oreilles sur le né du nourrisson qui respirait d’un rythme régulier. Au plus grand bonheur du médecin, il passa cette nuit, la suivante et des dizaines de milliers d’autres… Ainsi naquit Pierre, mon père.

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Publié dans roman

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