CHAPITRE 4
Chapitre IV
- Ainsi-donc, vous seriez irréprochable dans vos attitudes, et vous n’êtes jamais allé à l’encontre de la loi ?
- Mon casier est plus vierge que le signe astrologique ! Mais je sais que vous êtes en train de remuer ciel et terre pour chercher à me compromettre. Je vous souhaite bien du plaisir ! Si au bout du compte, votre seule arme secrète pour me rendre antipathique est une adhésion à la JC, alors que je n’étais même pas majeur…Vous êtes sacrément mal barré ! Je connais des hommes politiques de Droite de premier plan, qui vendaient « l’Humanité » quand ils étaient jeunes. J’en connais d’autres de Gauche qui ont commencé leurs carrières dans des groupuscules très à Droite…Mais je veux bien vous concéder que j’ai changé de ligne politique tout en ne reniant pas mon « terreau » idéologique. Je reste profondément un homme de Gauche, avec en plus une profonde et sincère âme de Républicain.
- Comme disait Charles DE GAULLE, il ne suffit pas de clamer « la République ! La République ! » , pour être un républicain. C’est dans les actes qu’on juge les hommes. J’ai devant moi le chef d’accusation retenu contre vous : Incitation à la haine, avec volonté d’engendrer des troubles publics ayant entraîné la destruction de biens publics et privés, ainsi que la mort de plusieurs individus.
- Ce chef d’accusation est ridicule et indigne d’une République. On veut faire croire à l’opinion publique que je suis l’instigateur d’un mouvement populaire de plus d’un million de personnes en plein Paris ! Et qui plus est, que je suis le seul responsable des débordements inhérent à cette manifestation ! Moi, qui jusqu'à lundi dernier était un parfait inconnu pour la totalité de la population française ! Mais de qui se moque-t-on ? Vous trouvez cela crédible. Je vous rappelle tout de même, qu’au moment même ou le cortège démarrait son parcours, j’étais à trois-cent kilomètres de là. Et vous croyez que les gens ou des jurés populaires vont gober cette histoire à dormir debout ? Le dossier d’accusation est aussi mince que Kate Moss et aussi troué qu’un emmental hollandais. Vous avez lu le rapport de la gendarmerie, concernant mon arrestation ?
- Oui, mais je ne l’ai pas sous mes yeux et je ne me rappelle pas de tous les détails.
- Les détails ? Il y avait sur les lieux deux brigades de gendarmerie, un commando du Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale et une brigade de la Compagnie Républicaine de Sécurité pour boucler le quartier. Toute cette débauche de moyens et de personnes pour interpeller un homme seul, sans aucune arme, qui était en train de lire du Baudelaire en écoutant du Brahms ! Ils ont cassé durant leur intervention mes trois fenêtres, ma porte d’entrée, la porte de ma cuisine, ils m’ont gazé et m’ont fêlé deux côtes en me plaquant au sol. Puis ils m’ont mis les menottes, m’ont embarqué dans un fourgon sans ménagement et m’ont conduit ici. A aucun moment durant les 24 premières heures, je n’ai eu un interlocuteur. Je ne savais pas ni où j’étais, ni pourquoi on m’avait interpellé. Vous appelez ça des détails, vous ?
- Je pense que le Ministère Public a jugé que l’intervention devait être en adéquation avec le danger potentiel que vous représentiez…
- Admettons ! Qu’est-ce que je représente à vos yeux, Monsieur Constantino ? Je suis un homme tout seul, je n’ai pas une organisations derrière moi, pour me protéger ou m’appuyer par sa logistique. Je n’ai même pas de secrétaire ! Quant à mon avocat, c’est un commis d’office… Un petit jeune très sympathique au demeurant mais qui m’a l’air complètement dépassé par les événements. Comment peut-on considérer que je suis un homme dangereux ? Je n’ai jamais eu la moindre petite arme ! Tout ce que j’ai fait c’est mettre des idées en phrases… C’est tout ! …Je suis physiquement aussi dangereux pour les autres que l’était Gandhi…
- Ecoutez Monsieur Janvier, j’ai en ma possession un poème que vous avez écrit il y a cinq ans, je vais vous le lire, cela va peut-être vous rafraîchir la mémoire : A tort ou à raison, je suis la somme de valeurs et de convictions. A raison ou à tort, je n’ai que faire de la loi du plus fort. Comme un oiseau qui s’envole vivre ; Loin dans un ciel ou il reste libre. A tort ou à raison, je n’ai que faire des donneurs de leçons, A tort ou à raison, je tiendrais bon, je tiendrais bon. Et si un jour il faut se dresser, soit, je me promets d’être prêt. S’il faut remettre les pendules à l’heure, Pas de problème, je suis en harmonie avec mes peurs. L’impérieuse mondialisation, marche sur nous et sur les nations… A tort ou à raison, s’il le faut passer à l’action, sans aucune hésitation, garder un œil sur l’horizon.
- Et alors ? Il éclate de rire.
- Il y a deux vers qui attirent l’attention, quand vous parlez de « vous dresser » ou « d’être prêt » vous voulez dire quoi.
- Quand, on ne respecte plus les valeurs essentielles qui font la République, alors il est de notre devoir de citoyen d’agir ! C’est ce que j’ai fait. Effectivement, je suis prêt à me battre pour des idées, mais seulement et j’insiste là dessus, avec des mots. Je n’ai rien fait de plus que ne l’avait fait Zola lors de l’affaire Dreyfus. Rien d’autre. . Je ne suis pas un guerrier !
- A ce propos, j’ai en ma possession la photocopie de votre carnet militaire, c’est très intéressant ce que l’on peut y lire… Je vous fais un petit florilège de ce qui y est écrit : Ténacité…abnégation…précis au tir surtout à l’arme de poing…proposé au peloton d’élèves gradés dont vous sortez major de votre promotion… Vous avez sollicité une demande au Volontariat Service Long d’une durée de vingt mois, vous avez été proposé au peloton d’élèves sous-officier… Dites-moi, ce cursus vous apparaît plutôt celui d’un poète ou plutôt celui d’un soldat ? Qui plus est, on peut dire que le régiment où vous avez été affecté, ne ressemblait pas à une colonie de vacance pour enfants de cœur ! C’était un centre semi-disciplinaire pour béret rouge, chasseur alpin de surcroît, n’est-ce pas ? . Exactement, vous avez été affecté au Centre National d’Entraînement Commando, premier régiment de choc, qui se situe dans un fort construit sous Vauban, au pied des Pyrénées, à 1500 mètres d’altitude, en plein hiver. Pour une personne qui n’aime pas la guerre et les armes, vous vous êtes bien adapté ! Vous vouliez même rester dix mois en sus… Alors ?
- J’ai toujours rêvé d’aller en Afrique.
- Je ne vois pas le rapport !
- Toutes les semaines, à l’infirmerie, on recevait des fax qui disaient en substance que l’on manquait d’infirmiers militaires au Mali, au Ghana etc.… Je savais qu’après l’armée, je trouverais du travail, mais sûrement pas une meilleure occasion pour partir quatre mois, nourri, logé, blanchi et avec de plus, un joli petit pécule à mon retour. C’est pour cela que j’ai signé un V.S.L. Mission Extérieure de vingt mois, et je pouvais parfaitement le résilier à mon retour pour repartir dans la vie civile.
- Pourquoi cela ne s’est pas fait ?
- Je n’ai jamais réellement su pourquoi. C’était la fin du service national, j’ai fait parti des derniers contingents. Ils n’ont ; sans doute pas jugé opportun de faire courir le moindre risque à un appelé, à quelques mois de l’arrêt définitif des obligations militaires.
- Quoiqu’il en soit, et pour revenir à ce que je disais précédemment, vous vous êtes bien adapté à la vie militaire ?
- Monsieur Constantino, je n’ai fait qu’obéir à des ordres et à mon devoir de citoyen. Je n’ai fait que tirer sur des cibles, de longues randonnées dans la montagne… J’ai joué « à la guerre » avec des jeunes gens de mon âge. De là, à dire que cela prouve que je suis capable de m’armer véritablement pour tuer des gens. Cet argument est aussi crédible que de dire que dans chaque adolescent qui joue à des jeux vidéos violents, il y a un tueur ou un mercenaire qui sommeille.
- Je n’ai pas dit cela, mais cela renforce le faisceau de présomptions.
- Ce dossier est un ramassis d’ineptie, de raisonnements scabreux, et d’une logique plus que douteuse.
- Ce sera à la justice d’en juger.
- Je pense qu’elle l’a déjà fait….