Chapitre III
Chapitre 3
«J’imagine bien que ce récit, à pour vous quelque chose d’inédit. On a beau, comme vous, avoir les meilleures sources d’informations, vous avouerez que dans mon cas, la tache n’était pas facile, n’est-ce pas ? Si on met de côté le fait que vous n’ayez eu que quelques jours, mes origines se perdent au plus profond… de la « France profonde. C’est un endroit ou les gens comme vous, n’ont pas le loisir et encore moins l’envie de s’aventurer.
Allons, allons ! Vous n'êtes pas le seul à être bien renseigné, je connais votre parcours. Je sais que votre famille à fait fortune, il y a bien longtemps ; dans le textile. Votre trajectoire est une succession d’établissements privés, les plus huppés et les mieux côtés de Paris… Jusqu’à faire la carrière que tous le monde connaît aujourd’hui… Cher monsieur, je suis en train de vous parler d’un monde qui vous est étrangé, que vous ne connaissez que par l’intermédiaire des livres ou des films traitant de l’époque. En résumé, je vous parle de la France, telle qu’elle fut et telle que son peuple y a vécu… Maintenant si vous le permettez, je vais continuer à vous apprendre la vie extraordinaire, d’une famille ordinaire….
- Permettez-moi de vous interrompre…Vous êtes en train de me faire une litanie sur votre famille, très intéressante je vous l’accorde, mais cependant nous manquons de temps. Je n’ai qu’une heure d’interview et le temps passe…J’ai beaucoup de questions à vous poser monsieur Janvier…
- Et moi, j’ai beaucoup de choses à dire, aussi je vous préviens, je n’irais sur les terrains que je trouve opportuns.
- C’est votre droit. Première question, à tous ces gens qui vous traitent de gauchiste ou de Trotskiste, vous avez envie de leur dire quoi ?
- Je ne suis et n’ai jamais été engagé auprès de quelques parti politique que ce soit. Je n’ai jamais adhéré à aucun parti dit "d’extrême gauche". Et cela pour la bonne et simple raison que je ne crois pas en l’avenir du communisme.
- Vous pensez donc, que tous ces partis et leurs idées sont en déclin et obsolètes ?
- Comme vous y allez ! Je n’ai pas dit cela ! Aussi décalés que peuvent apparaître mes propos et contrairement aux apparence de ce décor moyenâgeux, je suis un homme libre monsieur Constantino ! Je n’ai les mains liés par aucun parti… Et on ne me fera pas taire.
- Pourtant vous n’avez pas toujours mis autant de distances entre vous et les divers appareils communistes ?
- Ah ! Je vois dans votre œil qui brille que vous vous préparez à me sortir un effet de manchette de vos petites fiches. Mais je vous préviens, cela risque à défaut de générer une explosion dans la tête de vos téléspectateurs, de faire l’effet d’un petit pétard foireux.
- Monsieur, avez-vous été adhérent aux Jeunesses Communistes ?
- J’avais dix-sept ans, je voulais changer le monde, y mettre un peu plus d ‘équité…Je suis allé à quelques réunions, souvent intéressantes d’ailleurs, mais bon ! Ce n’était pas mon truc.
- Vous nous avez raconté le passé politique et syndical de votre grand-père paternel, et la façon dont il fut brimer toute sa carrière, pour ses idées. Sachant cela, on peut supposer que vous cacher vos convictions ? Chez les Janvier, est-on communiste de père en fils ?
- Vous êtes quand même extraordinaire, messieurs les journalistes de la télévision ? Et si prévisible, vous êtes tellement habitué à monter des journaux pré-machés, que dans votre souci de raccourcir, vous ôtez l’essence même d’un discours.
- Vous êtes, et là dessus je pense que nous sommes d’accord, un homme de gauche ?
- Sûr ! …Si un esprit simple m’avait demandé, si mes tendances politiques étaient plus proche du communisme ou du fascisme, sans hésitation je dirais que je penche pour la première des deux options. Est-ce que cet ensemble question-réponse vous convient ? Vous pouvez vous l’approprier si cela vous chante ! Ecoutez, je vais être grand seigneur…Je vais vous gratifier d’une phrase choc qui va vous plaire et encore plus à vos employeurs. Notez donc cela : Le problème du communisme c’est qu’on a tenté d’appliquer au 20ème siècle, une idéologie qui avait été pensé à la fin du 19ème, sur une réalité géopolitique et économique du milieu du 19ème C’est trop tard, Marx est arrivé avec beaucoup trop de retard. La machine libérale s’est emballée… Par contre, il n’est pas trop tard pour tenter de la contrôler, avant qu’elle n’écrase la quasi-totalité de la population.
- Et comment comptez-vous vous y prendre ? Avez-vous le niveau d’étude ou les compétences intrinsèques qui sied à ce genre de gestion ?
- Vous n’êtes pas très gentil avec la personne qui a préparé vos fiches, vous auriez pu au moins les lire.
- Mais je les ai lues, puisque c’est moi qui les ai rédigés !
- Allons, allons ! Il y a 4 jours j’étais un parfait inconnu et vous êtes le journaliste le plus connu de notre pays… C’est bizarre, mais j’ai du mal à vous imaginer en train de faire une enquête de terrain, dans les petites rues de Carmaux !
- …
- Si vous vous voulez gagner du temps, changez votre façon de diriger cette interview. Rappelez-vous pourquoi vous êtes là !
- C ‘est à dire ?
- Vous êtes devant l’homme, dont tout le monde parle en France, à la une à la Radio, à la Télé, dans les colonnes des journaux… Et vous me posez des questions dont même le moins assidu des téléspectateurs connaît la réponse ? Tout le monde sait que je ne suis qu’un infirmier….Est-ce que vous êtes à fond dans vos investigations ?
- Je vous prierai de changer de ton, s’il vous plait ! Je ne suis pas là pour…
- Ah ! Non ! Ne me prenez pas de haut ! Et ne faites pas l’effarouché. Je vous signale que cette interview, ce n’est pas moi qui l’ai voulu… Je peux me lever de ma chaise, appeler le gardien et retourner dans ma cellule…Et surtout ne croyez pas que je bluffe… Je veux bien souffrir vos questions à dix centimes d’euro et vos « fines » allusions mais ne croyez pas que je vais me laisser faire…
- Bon… C’est fini ! Vous vous sentez mieux ?
- Non, une dernière chose, je n’ai peut-être qu’un niveau bac plus deux dans le paramédical, mais je suis honnête et j’exerce un métier honorable. Jusqu'à preuve du contraire, je n’ai jamais triché ou menti dans mon travail et je n’ai jamais eu d’accointances, et encore moins de cadeaux de tel ou tel autre homme politique actuellement en prison pour abus de bien sociaux ou détournement de fonds. Si vous me cherchez sur le terrain de la « discussion à niveau », je vous amènerai sur le terrain de la probité.