chapitre 5
Chapitre V
- Et si nous revenions, monsieur Janvier, à ce qui a mis le feu aux poudres ?
- Vous voulez parler de ce jour que les journalistes ont appelé : « Le jour du Chaos… » ?
- Non, je veux parler de cette lettre ouverte que vous avez écrite. Enfin c’est plus un pamphlet qu’autre chose…Dites-moi, il y a quelque chose que je n’arrive pas à saisir ? Vous dites que ce jour là, vous étiez loin de Paris et que vous ne disposez d’aucune logistique, alors comment expliquez-vous que l’on est retrouvé des milliers de photocopies de cette même lettre tout le long du cortège ?
- Avez-vous entendu parler d’Internet, monsieur Constantino ? C’est formidable ce que l’on peut faire de nos jours avec un ordinateur et de bons logiciels ! J’ai balancé ma lettre sur le net, comme des bouteilles à la mer, et je crois que j’ai été entendu.
- Je l’ai sous les yeux, on peut y lire…
- Ce n’est pas ma lettre que vous avez…
- Comment cela ? Ces écrits ne sont pas de vous ?
- Si, mais ce n’est qu’une petite partie… Certaines personnes ont raccourci mon texte initial !
- Est-ce que vous avez un texte original en votre possession ?
- Tout à fait, voulez-vous que je vous le lise ?
- Je vous en prie !
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- « Monsieur, par cette lettre, je me présente comme ce que je suis, un citoyen et fils de France. Ce beau pays fut le berceau de réflexions, la naissance d’idées novatrices qu’elles engendrèrent ; enflamma les cœurs et les têtes de la planète tout entière.
De ce chaos que fut la révolution, de cet espoir, naquirent des notions de liberté, d’égalité et de fraternité qui posèrent les bases de la République telle quelle se doit d’être.
Aujourd’hui prés de deux siècles plus tard, la grande flamme républicaine est sur le point d’être soufflée, non pas suite à une tempête violente et fugace, mais bel et bien par un souffle continu et croissant que l’on nomme : corruption.
- Certes, cette tendance est palpable dans bien des pays, qu’il soit limitrophe ou loin de nous. C’est peut-être cela qui pousse de plus en plus de mes compatriotes à écourter toute conversation sur ce sujet ou à tenir un ton entre révolte et résignation. Ce qui me pousse à écrire aujourd’hui, c’est l’intime conviction que la situation politique se dégrade de façon exponentielle et qu’il existe des moyens d’arrêter toutes ses dérives.
- Si vous pensez comme-moi, que l’on nous abreuve de mensonges, qu’il soit effectif ou par omission, alors lisez ce qui suit :
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- Commençons, si vous le voulez-bien par le commencement. A l’école, nous avons tous appris qu’un des garants de la démocratie est la séparation des pouvoirs : Le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Or je suis forcé de constaté que dans la pratique, la justice n’est pas indépendante. Dans notre Constitution, la personne qui est tout en haut de la pyramide est un ministre : la Garde des Sceaux. Ce haut fonctionnaire est un politicien, choisi par le Premier Ministre, lui-même nommé par le Président de la République. Ces trois personnes sont (dans la plupart des cas) de la même famille politique.
- Sachant cela, nous pouvons donc imaginer sans peine que si un parti (peu importe la tendance…), arrivait au pouvoir par l’intermédiaire de personnes malhonnêtes et intéressées, ce dit parti aurait les pleins pouvoirs et surtout une totale impunité pour y réaliser ces méfaits… Tout cela est constitutionnel !
- Si on ajoute à cet argument ; qu’une majorité à l’Assemblée permet au gouvernement d’amender les textes de lois à sa convenance, pour s’amnistier au-delà du bon sens et de l’honnêteté, alors nous en arrivons à une caricature de démocratie où tous les pouvoirs sont concentrés à un seul groupe politique.
- Je ne suis pas pour la cohabitation…Par contre, je suis pour que l’on donne enfin, l’indépendance à la justice. Laissons les magistrats faire leur travail sereinement, en toute liberté et à leur guise. De même qu’il est fondamental d’annihiler toute idée d’impunité devant la loi. L’idée de « super-citoyen » est anti-républicaine. Nous devons tous être égaux devant la justice et ceux qui disent le contraire ou qui se cache derrière des « immunités » scandaleuses, protégent leur intérêt ou ceux de leurs amis. Voilà les deux premières réformes à mettre en route pour redonner un second souffle à cette 5éme République chancelante.
- Le deuxième point que nous devons examiner sérieusement ; c’est la maîtrise de ce quatrième pouvoir qui est apparu ces dernières années et qui échappe à tout contrôle constitutionnel. Je veux parler du pouvoir médiatique et plus particulièrement de la télévision et de ce formidable outil de propagande qu’elle est devenue. Au jour d’aujourd’hui, il est clair que les lignes rédactionnelles des chaînes publiques ou privées, vont dans le sens où le pouvoir en place leur dit d’aller. Comment expliquer la déficience d’enquêtes sur les divers vols avérés, dont on était victime les caisses de l’état. Les exemples ne manquent pas que ce soit une entreprise pétrolière, une grande banque, la gestion mafieuse de plusieurs marchés publics, etc.……..
- Et que dire de cette judicieuse ouverture du capital de notre entreprise spécialisé dans les télécommunications ? Cette entreprise qui, il y a dix an était l’orgueil de la France par sa réussite, laisse apparaître aujourd’hui un gouffre avoisinant les 70 Milliards d’Euro dans nos caisses ! Triste record mondial…Qui va payer la facture ? Qui a joué et perdu avec notre argent ? Où sont passés ces colossales sommes d’argents ? Si à la première question, nous pouvons trouver facilement la réponse ( Le peuple), en ce qui concerne les deux autres, au vue de la façon dont les autres scandales financiers publics ont été traités, je suis prêt à parier que nous ne le saurons jamais.
- De plus, les accointances entre le milieu journalistique et le milieu politique sont aujourd’hui connues et à la vue de tous. En dehors de toutes polémiques, on ne me fera pas croire qu’un journaliste peut-être impartial et objectif avec son ami, son compagnon, son ami d’enfance, sa femme ou son époux. Un journaliste, c’est avant tout un homme ou une femme, avec ses faiblesses. Il ou elle ne nuira jamais, de quelques façons que ce soit, à l’un de ces proches.
- C’est pour toutes ces raisons qu’il m’apparaît évident qu’il faut veiller à l’indépendance de l’information par rapport au pouvoir. Il en va de l’avenir de la République.
- Enfin, le troisième point que je souhaite mettre en exergue dans cette lettre ouverte, c’est une notion fondamentale de la démocratie à savoir que c’est le choix du plus grand nombre qui décide…Aujourd’hui ce droit est réduit à sa plus simple expression. Tous les cinq ans nous votons pour des hommes et des femmes qui une fois élus, font exactement ce qu’ils ont envie de faire. Où est la déontologie dans tous cela ?
- Pourquoi ne voit-on plus de référendum sur les grandes questions ou réformes ? Tout simplement parce que l’avis de dizaines de millions de Français, cela n’intéresse pas nos politiciens. Un petit millier de nantis n’ont que faire de l’avis du plus grand nombre. Si par principe, on admet que dans une démocratie l’autorité doit émaner du peuple (c’est la définition), il n’y a pas de « France d’en bas », mais bel et bien une « France d’en haut » et « La France ». Ce qui est très net, c’est qu’il y a deux niveaux, deux régimes de traitement diamétralement opposés. Ils nous disent ce que nous devons faire mais ils ne font pas ce qu’ils disent.
- Je ne suis lié à aucun parti politique et je ne l’ai jamais été, je ne suis pas non-plus un anarchiste, je suis juste un citoyen anonyme excédé par ce que j’ai vu, ce que j’entends, ce qui se prépare. J’ai beaucoup de respect pour les militants de base (de droite ou de gauche d’ailleurs) même si je ne partage pas certaines de leurs idées. Leur engagement, pour tous ceux que j’ai rencontré était sincère, profond et gratuit. Mais leur rôle au sein de leurs partis est à l’image de celui du citoyen au cœur de ce système politique : acteur ponctuellement, aux échéances électorales, ce sont des faire-valoir pour des « dinosaures » en place pour bien longtemps encore, si on ne fait rien.
- Je n’ai que faire de l’idée d’une 6éme République. Pourquoi faire ? A quoi sert de recommencer si on reprend les mêmes ? Si nous voulons sortir notre système de cet hiver qui l’engourdit, il faut donner l’indépendance à la justice, veiller à l’indépendance des médias et faire le grand ménage de printemps. Notre pays mérite mieux ! Il doit montrer l’exemple comme il l’a fait jadis. Si nous nous regardons en face, le monde en fera autant…
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- Vive la République, Vive la démocratie, vive la France !